Guide · 7 min de lecture
Le droit à la déconnexion s’arrête à votre téléphone
Depuis le 1er janvier 2017, les entreprises françaises de plus de cinquante salariés doivent négocier les modalités du droit à la déconnexion. C’est une bonne loi. Elle a un angle mort, et cet angle mort est celui qui vous coûte le plus d’heures.
Ce que la loi couvre — et ce qu’elle ne couvre pas
Le texte encadre une relation : celle entre vous et votre employeur. Il dit qu’on ne peut pas vous reprocher de ne pas répondre à un mail à 22 h. Il pose une limite à quelqu’un d’autre, pour vous.
Mais si vous notez honnêtement où partent vos soirées, les mails professionnels n’en représentent qu’une petite part. Le reste, c’est le fil d’actualité, les vidéos courtes, les messages sans importance qu’on relit deux fois. Personne ne vous les envoie. Personne ne vous oblige.C’est exactement pour cela qu’aucune loi ne peut vous en protéger.
La déconnexion imposée à un tiers est un droit. La déconnexion appliquée à soi-même reste, elle, une simple intention — et une intention se renégocie tous les soirs, avec quelqu’un de fatigué qui a déjà envie de céder.
Pourquoi les applications de blocage ne suffisent pas
La réponse habituelle est d’installer une application qui bloque les autres. Le raisonnement se tient, mais il bute sur un détail technique qu’on découvre généralement trop tard.
Pour Android, l’application qui bloque Instagram et Instagram sontdeux applications ordinaires, dotées exactement de la même autorité. Vous pouvez retirer la permission de la première en quelques secondes dans les Paramètres, ou la désinstaller purement et simplement. Certaines ajoutent un mot de passe — mais ce mot de passe est sur le même téléphone, et c’est la même personne qui le détient.
Résultat : l’outil fonctionne parfaitement tant que vous n’avez pas vraiment envie de le contourner, et cesse de fonctionner exactement au moment où vous en auriez besoin. Ce n’est pas un manque de volonté de votre part. C’est une faiblesse de conception.
Déplacer la limite hors de portée de la main
Il existe une autre couche. Android permet de poser des restrictions au niveau du système d’exploitation — le mécanisme utilisé par les entreprises pour administrer les téléphones professionnels. Une application ne peut pas s’attribuer ce rôle elle-même ; il est assigné depuis un ordinateur, au moment de l’installation.
Cette contrainte, qui ressemble à une complication, est en réalité le mécanisme entier : le téléphone ne peut pas annuler une décision que le téléphone n’a pas prise. Les issues habituelles — réinstaller, passer en mode sans échec, changer l’heure du système, réinitialiser — sont fermées elles aussi.
Une objection sérieuse : et si je veux arrêter ?
Il faut y répondre franchement, parce que c’est la vraie question. Un dispositif dont on ne peut pas sortir n’est pas un outil, c’est un piège — et personne ne devrait confier son téléphone à un piège.
La sortie doit donc exister, mais être lente. Vous fixez vous-même le délai au moment de l’installation, à froid : un jour, par exemple. Quand vous décidez d’arrêter, la libération se fait depuis l’ordinateur, une fois ce délai écoulé. Un jour plus tard, l’envie de 23 h a disparu ; si elle est toujours là le lendemain, c’était une vraie décision et elle est respectée.
C’est le principe d’Ulysse et du mât. Les cordes ne rendaient pas la fuite impossible — elles la rendaient assez lente pour que le chant cesse d’opérer.
Et la question que tout Français se pose : mes données
Une application dotée de droits d’administration inspire, à juste titre, de la méfiance. La bonne réaction n’est pas de nous croire sur parole, c’est de vérifier.
Android affiche exactement ce qu’un tel logiciel a le droit de faire :Paramètres → Sécurité → Applications d’administration de l’appareil → Afficher les règles. Regardez cet écran avant d’installer quoi que ce soit, quel que soit l’éditeur. C’est la seule fiche technique honnête qui existe.
Les permissions de StillPhone se limitent à masquer des applications, bloquer les installations de sources inconnues, empêcher la réinitialisation, bloquer le mode sans échec et verrouiller le réglage DNS privé. Ni SMS, ni contacts, ni localisation, ni historique de navigation, ni accès aux comptes : ces permissions ne sont pas demandées du tout. Ce qui n’est pas collecté ne peut être ni revendu, ni perdu dans une fuite de données.
En pratique, ce soir
- Commencez par le mode Concentration (Paramètres → Bien-être numérique → Mode Concentration). C’est gratuit et déjà installé. Si votre problème est la distraction plus que la compulsion, cela peut suffire — vraiment.
- Si vous l’avez déjà essayé et désactivé, ne changez pas d’application, changez de niveau. Un autre outil de la même couche donnera le même résultat.
- Ne supprimez pas vos comptes. Fermer l’accès marche mieux que supprimer : la peur de perdre quelque chose est précisément ce qui vous fait réinstaller.
- Décidez de la liste le matin, jamais le soir. La liste écrite par la personne fatiguée est toujours plus généreuse.
StillPhone applique cette limite au niveau du système : un petit assistant sur votre ordinateur prépare le téléphone en une dizaine de minutes. Rien n’est supprimé, vos données ne sont pas touchées — vous choisissez ce qui reste visible, l’accès au reste se ferme, et la sortie prend le délai que vous avez fixé vous-même.
Sans carte bancaire · Android 9 ou version ultérieure